« Par la seule vertu d’un effort de formulation, ce qui était informe prend forme, se prête à l’examen, faisant se décanter ce qui est visiblement faux de ce qui est possible, et de cela surtout qui s’accorde si parfaitement avec l’ensemble des choses connues, ou devinées, qu’il devient à son tour un élément tangible et fiable de la vision en train de naître. [•••] Par ce travail seulement nous avons pu entrer en contact intime avec cette réalité, cette harmonie cachée et parfaite. Quand nous savons que les choses ont raison d’être ce qu’elles sont, que notre vocation est de les connaître, non de les dominer, alors le jour où une erreur éclate est jour d’exultation — tout autant que le jour où une démonstration nous apprend au-delà de tout doute que telle chose que nous imaginions était bel et bien l’expression fidèle et véritable de la réalité elle-même. Dans l’un et l’autre cas, une telle découverte vient en récompense d’un travail et n’aurait pu avoir lieu sans lui. Mais alors qu’elle ne viendrait qu’au terme d’années d’efforts [••], le travail est sa propre récompense, riche en chaque instant de ce que nous révèle cet instant même. »
A. Grothendieck, Récoltes et Semailles.